カンヌ国際映画祭まもなく開幕、今年の注目作品は?
Arpselection.comの《復仇》サイトより
Notes DE PRODUCTION
VENGEANCE...PAR LE MENU
Johnnie To a une passion : le cinéma, et un passe-temps favori : bien manger. Avec lui, les décisions importantes sont prises autour d’une bonne table. Divers restaurants vont donc émailler l’histoire qui suit...
Imaginez d’abord un petit port, à une demi-heure de route de Hong Kong en prenant vers le Nord. Sai Kung est un village, avec pour habitants essentiellement des pêcheurs et quelques personnalités du cinéma. Entrez dans un restaurant de poissons, à priori identique à ceux qui longent la jetée. Installez-vous directement dans la cuisine : une grande table y est dressée. Pour vous ôter d’un doute, assurez-vous que des bouteilles de vin français sont alignées sur la desserte, ainsi qu’une grande cuvée de cognac. C’est bien la table réservée par Johnnie To, qui vous rejoint à pied, en voisin. Il a commandé le repas, une profusion de plats dans lesquels il se contentera de picorer. La nuit sera longue...
C’est lors de notre premier dîner à Sai Kung que tout a commencé, en mars 2006. Après avoir distribué plusieurs films de Johnnie To en France, on y avait souvent pensé, mais c’est ce soir là que la question a fusé, le festin ayant délié les langues : « Et si on faisait un film ensemble, qu’on produirait ? Et si on le tournait en anglais ? Et si on prenait un acteur français ? ». Comme nous sommes en Asie, forcément, le nom d’Alain Delon est évoqué très vite.
Mai 2006 : de retour de Cannes, où il a présenté « Election 2 », Johnnie To et son épouse Paulina rencontrent l’idole de leur jeunesse. Dîner bien français dans le jardin feutré d’un palace de la capitale. L’ambiance est plus guindée. L’acteur a sorti le grand jeu. Baisemains à Madame, photo avec Monsieur. L’idée fait son chemin, et on promet de se revoir, plus concrètement, une fois le traitement écrit.
Mars 2007 : Johnnie To est de passage à Paris pour une rétrospective à la Cinémathèque. Nouveau dîner avec Alain Delon, toujours dans un restaurant d’hôtel. Johnnie To s’est mis au travail, et voudrait évoquer l’idée de film sur laquelle il réfléchit, mais Delon ne l’entend pas de cette oreille : « C’est toujours bien quand on raconte, mais après, quand on lit, on est déçu. Alors, ne me racontez rien ! ».
Juin 2007 : une vingtaine de pages nous parviennent, qui déroulent à grands traits l’intrigue que Johnnie To et son scénariste ont imaginée. Nom de code : « Gunfight » Cette lecture nous enchante. Mais Delon ne partage pas du tout notre avis. Il n’y aura pas d’autres dîners. Il disparaît de ce projet qui du coup semble condamné...
Juillet 2007 : Un ami banquier nous demande s’il peut nous envoyer un scénario qu’on propose à Johnny Hallyday, dont il est très proche. « Johnny aimerait avoir un avis de professionnels, lui-même hésite, mais il a tellement envie de tourner... »
A la lecture, notre verdict est sans appel, et nous le disons tout net au banquier : « C’est indigne de lui ! Il vaut mieux ne rien faire que de tourner dans des films où on exploite son statut de vedette, sans le considérer comme un acteur ». Le banquier rappelle quinze jours plus tard : « Je lui ai raconté votre réaction et il aimerait beaucoup vous connaître ».
Octobre 2007 : Dîner italien chez le banquier. Nous sommes une dizaine autour de la table. On parle à peine de musique, mais beaucoup de cinéma. Johnny raconte son amitié avec Melville, son tournage avec Godard, il parle du cinéma américain qu’il adore, du cinéma asiatique, qu’il connaît bien. John Woo, Johnnie To, c’est tout ce qu’il aime. Il évoque ses films préférés, les metteurs en scène qu’il admire, les rôles dont il rêve. Il émane de lui une sincérité évidente, la simplicité des vraies stars, une mélancolie touchante. Une sorte de Clint Eastwood à la française. Même pudeur, même allure, même charisme.
A deux heures du matin, à peine monté dans la voiture, Laurent exulte : « Il faut absolument qu’on le présente à Johnnie To ! Le héros de « Gunfight », c’est lui ! ». ll a raison, cent fois, mille fois raison. Un seul problème : Johnnie To ne sait absolument pas qui est Johnny Hallyday.
Février 2008 : Déjeuner dans le restaurant trop branché, mais très discret, d’un nouvel hôtel près de la Postdammer Platz à Berlin, où Johnnie To est venu présenter « Sparrow », en compétition. Dans mon sac, j’ai mis « L’homme du train », de Patrice Leconte, et deux des derniers concerts « live » de Johnny. Deux heures de repas « world cuisine » où les assiettes sont design mais peu remplies ne suffisent pas à rassasier Johnnie To, mais ne sont pas de trop pour tenter de lui expliquer que notre idée de casting est, certes, surprenante, mais franchement intéressante...
Mars 2008 : Johnnie To est de passage à Paris, après avoir visionné tous les DVD. Il a apprécié le film. Il a surtout été fasciné par les concerts. Il est mûr pour une rencontre. Celle-ci se fera un dimanche soir, dans le restaurant dont Johnny est actionnaire, tout près des Champs-Elysées. Un repas mémorable où Johnny, après des sushis en guise d’apéritif, offre une sorte de ronde de la gastronomie française à Johnnie To : foie gras, escargots, andouillette, entrecôte, mais aussi dorade, confit, gratin, asperges vertes.
A la fin du festin, Johnnie To confie son amour du rock, et les voici lancés tous deux a capella dans un medley qui va d’Elvis aux Rolling Stones, en passant par Chuck Berry et Jerry Lee Lewis…Johnny montre à Johnnie la photo de Jade qui orne son portable. Le dîner passe comme dans un rêve. On n’a parlé de rien, on a fait connaissance.
Le lendemain, Johnnie To nous fait savoir à quel point il a été séduit. Mais un souci de calendrier évoqué la veille rend l’avenir incertain. Johnnie To va bientôt tourner un remake du « Cercle rouge », et ne sera libre pour notre projet qu’en avril 2009, date à laquelle notre Johnny sera en pleine répétition de sa dernière tournée. Rien ne semble possible avant 2010, autant dire, jamais.
Juin 2008 : Plusieurs conversations avec Shan, le traducteur-assistant-homme de l’ombre indispensable de Johnnie To, laissent entrevoir que le projet « Cercle rouge » prend du retard.
Juillet 2008 : Un vendredi matin, l’ordinateur émet le « bip » qui annonce l’arrivée d’un nouveau mail. Il est signé de Shan : « Finalement, « Le cercle rouge » est reporté à l’année prochaine. Alors, si Johnny Hallyday est toujours libre, pourrait-on imaginer de tourner à l’automne ? ». Il est neuf heures dans notre maison de vacances, seize heures à Hong Kong. Et à Saint-Barth ? Le portable sonne, Johnny décroche :
« Le film avec Johnnie To, si tu en as toujours envie, on pourrait le tourner en novembre ? »
« C’est d’accord ».
Johnny ne reviendra jamais sur sa parole. Il n’a pas reparlé à Johnnie To depuis leur dîner. Il n’aura le scénario prêt à tourner qu’une fois sur place. Il n’a jamais rencontré ses futurs partenaires. Il va partir pour trois mois dans un pays où il n’a jamais mis les pieds. Mais qu’importe. « C’est d’accord ».
Johnny se prépare en revoyant tous les films de Johnnie To. Il enchaîne interviews et plateaux télé pour la sortie de son disque, qu’il a avancé d’un mois afin de pouvoir se consacrer complètement au film dès la fin octobre. Quand on lui propose de retarder le départ de huit jours, il refuse d’en entendre parler. « On s’en va, j’ai hâte d’y être ! »
5 Novembre 2008 : Le monde se réveille après une nuit historique qui a vu la victoire de Barack Obama. A treize heures cinq minutes, le vol quotidien de la Cathay Pacific décolle avec à son bord Johnny, son coach sportif et ses deux producteurs.
7 novembre 2008 : C’est dans le restaurant de poissons sur l’île de Sai Kong que se déroulent les retrouvailles entre Johnny et Johnnie, qui a également convié les trois autres acteurs principaux, Anthony Wong, Lam Ka Tung et Lam Suet. La soirée se termine avec Johnny à la guitare, Anthony Wong aux voix, tandis que Johnnie To danse un rock impeccable avec Paulina.
15 novembre 2008 : A quatorze heures, sous un soleil de plomb, l’équipe du film est réunie au grand complet sur le toit de l’immeuble qui abrite Milkyway, la société de production de Johnnie To, dans le vieux quartier de Kwun Tong. Durant une heure, chacun viendra planter un encens et jeter une fleur, sous les directives très précises d’un prêtre bouddhiste venu bénir le film, afin qu’il se déroule sous les meilleurs auspices. A seize heures, le tournage démarre. Ce soir, le dîner se tiendra autour d’une table de fortune posée en pleine rue, sur un coin de trottoir. Au menu : poulet grillé, porc sucré, riz blanc et légumes verts… Chaque fois que le tournage se fera le soir, en extérieur, Johnnie To orchestrera le repas : tantôt poisson, tantôt barbecue, en fonction du décor.
Samedi 31 janvier : Dernière journée de tournage et dernier dîner, avec toute l’équipe, dans le salon privé d’un restaurant situé près de Milkyway, à Kowloon. Une soirée succulente, le crabe étant la spécialité maison. Ambiance festive, grâce à une tombola organisée pour toute l’équipe. A l’heure des toasts, Johnnie To offre à Laurent un faux pistolet semblable à celui dont se sert l’acteur principal. A Johnny, il donne le vrai clap du film. L’aventure s’achève. On lève une dernière fois son verre. « Longue vie à « Vengeance » ! Et on boit à la santé d’un prochain dîner qu’on espère à Cannes...
Michèle Halberstadt
杜琪峯(ジョニー・トー)インタビュー
Qu’est-ce qui vous a séduit, chez Johnny Hallyday ?
Mes producteurs m’avaient donné des DVD de certains films, et de quelques concerts. J’ai tout de suite vu qu’il avait une grande masculinité. Les concerts m’ont fait comprendre l’immensité de sa popularité. Je n’imaginais pas l’idole qu’il était ! Mais ce n’est qu’en le rencontrant que j’ai su qu’on pourrait travailler ensemble. Il fallait que je le vois pour comprendre tout ce qu’il dégage. Son allure, sa silhouette, sa présence, son visage, et ses yeux incroyables, chargés d’un passé qu’on imagine intense. Le courant est tout de suite passé entre nous, malgré la barrière de la langue. On s’est plu, en tant qu’êtres humains. J’ai compris qu’il y avait entre nous une compréhension, et une vraie confiance. Dès lors, je savais qu’on pourrait faire un film ensemble.
Ça ne vous a pas semblé compliqué de l’isoler trois mois à Hong Kong ?
J’ai eu peur qu’il s’adapte mal au mode de travail qui est le nôtre. On est loin d’un système à l’américaine, avec des loges aménagées et un aréopage d’assistants… Mais il a tout de suite adhéré à notre façon de travailler. On sentait qu’il nous encourageait à faire comme on avait l’habitude de faire. Il ne voulait pas qu’on change nos habitudes, au contraire, il voulait s’adapter aux nôtres. Il a tout accepté sans jamais protester : la fausse pluie sous laquelle il a passé plusieurs nuits, les rues crasseuses où on tournait parfois…Alors, forcément, toute l’équipe l’a vite adopté, respecté, et aimé. Un homme aussi connu, qui est capable d’être aussi simple, aussi cool, c’était inespéré ! On a vraiment bien travaillé tous ensemble.
Que pensez-vous de lui, en tant qu’acteur ?
Il est arrivé très concentré, prêt dans sa tête. Il posait peu de questions. Il voulait juste vérifier si son idée d’une scène était la même que la mienne. Il est juste, dans son jeu, et dans ses gestes. Sa sincérité est évidente. On croit en lui. Il est vrai. Et puis, il n’a rien fait d’autre que se consacrer au film, ce qui est merveilleux, quand on pense qu’à Hong Kong, les acteurs font généralement deux ou trois films en même temps ! Lui nous a réellement consacré tout son temps.
Cela changeait quoi pour vous, de tourner principalement en anglais ?
Pour moi, rien. C’est pour les acteurs de Hong Kong que cela a été difficile ! Non, le vrai changement pour moi a été de démarrer le film avec un scénario écrit. D’habitude, j’ai tout dans la tête, et le scénariste écrit les scènes au fil du tournage. Cette fois, le film était écrit et dialogué, parce que c’était la demande de mes producteurs. Et je dois dire que c’est pas mal …Ça permet de recevoir d’autres idées de ceux qui le lisent, et d’enrichir sa réflexion. Mais faire un film, avec ou sans scénario écrit, cela se passe toujours de la même façon. Au début, on est le patron, on conduit le film. Et, après quelques jours, c’est le film qui prend la barre et qui décide. Donc, il y a des éléments du scénario qui ont évolués au fil du tournage. Mais, à part Johnny Hallyday, aucun acteur ne l’avait lu !
Pourquoi tenez-vous à ce qu’ils ne connaissent pas l’histoire ?
Pour préserver leur naturel, leur spontanéité. Ils n’ont pas le temps de fabriquer quelque chose. On leur donne une situation, et ils la jouent aussitôt. Le seul avec lequel j’avais un peu parlé de l’histoire, c’est Anthony Wong. Dans ce film, il joue un tueur qui a de l’expérience, de la distance. C’est un samouraï errant qui ne s’est jamais fixé. Il sait que, chez Big Mama, Costello est en sécurité. Peut-être aurait-il rêvé de finir comme Costello d’ailleurs...
Parlez-nous un peu de Costello...
C’est un homme qui a beaucoup vécu, sans doute beaucoup souffert aussi. Il dégage quelque chose de douloureux. Son regard est chargé d’histoires, dont il a perdu la mémoire. C’est cela qui m’intéresse. Tout ce qu’il a vécu, il l’a oublié. Seul ses yeux en portent la trace…Johnny a apporté beaucoup d’humanité à Costello. Il l’a rendu très émouvant.
Sylvie Testud a rejoint le plateau pour quelques jours...
Elle a accepté de venir pour un rôle très court, mais essentiel, puisqu’elle est la raison d’être de cette histoire. Quelle actrice ! Elle a beaucoup de métier, elle sait très vite comment elle va jouer une scène, son instinct est sûr. Elle a exploité tous les aspects de son rôle, aussi court soit-il. Elle a basé son jeu sur le fait qu’il s’agit avant tout d’une mère de famille. Elle cuisine comme une maman, elle protège ses enfants comme une maman. Et quand je la regardais sur mon écran de contrôle, dans sa scène avec Johnny Hallyday, je ne comprenais pas ce qu’ils se disaient en français, mais toutes les émotions de la scène, je les lisais sur son visage.
Vous aimez manger et on mange beaucoup dans vos films, notamment dans celui-là...
Filmer un repas, c’est la façon la plus simple, la plus concrète de montrer le lien qui unit les gens. Manger, c’est échanger. C’est un acte simple et fondamental. Manger, c’est être vivant...
英語版はカンヌのプレスキットから
FICHE ARTISTIQUE
Costello - Johnny HALLYDAY
Irene Thompson - Sylvie TESTUD
Kwai - Anthony WONG 黄秋生
George Fung - Simon YAM 任達華
Chu - Lam Ka TUNG 林家棟
Lok - Lam SUET 林雪
Wolf - Cheung Siu FAI 張兆輝
Python - Felix WONG 黄日華
Crow - Yuk Ng SAU 呉廷燁
Inspector Wong - Maggie SHIU 邵美琪
Mr Thompson - Vincent SZE 施祖男
FICHE TECHNIQUE
Réalisateur - Johnnie TO
Scénario - Wai Ka FAI
Image - Cheng Siu KEUNG
Son - Steve CHAN
Décors - Silver CHEUNG
Costumes - Stanley CHEUNG
Montage - David RICHARDSON
Musique - Lo TAYU
Produit par - Michèle & Laurent PETIN
Produit par - Peter LAM
Produit par - Johnnie TO
Produit par - Wai Ka FAI
Produit par - John CHONG
Producteur exécutif - Elaine CHU
Producteur exécutif - William CHENG
Producteur associé - Ding Yuin SHAN
Une production - ARP
Une production - MEDIA ASIA FILMS
Une production - MILKYWAY IMAGE (HK) LTD
Une distribution - ARP
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